Comprendre le cycle de la violence dans le couple

La violence conjugale est un sujet vaste et compliqué. Comprendre le processus n’est pas simple même pour quelqu’un qui l’a vécu ! De nombreuses questions circulent à propos de cette problématique de plus en plus mise en lumière. Est-ce que je vis des violences dans mon couple ? Comment définit-on la violence ? Pourquoi un proche à moi reste dans une relation violente ? Que puis-je faire pour l’aider ? Comment comprendre le cycle de la violence dans le couple ?

J’ai commencé à écrire un livre sur le sujet car cela me tient à cœur de partager mes connaissances. Un article peut seulement survoler de loin cette problématique. Cependant, cela me semble important de comprendre la base du processus de la domination conjugale. Elle touche environ 1 couple sur 4 ce qui est trop conséquent. Les causes peuvent être aussi bien propres à chaque personne, à leur vécu qu’au système sociétal. Et oui, je ne vais pas vous cacher que le patriarcat a également sa part de responsabilité dans cette histoire.

Il y a plus de femmes victimes que d’hommes. Cependant, cela peut arriver à chacun d’entre nous, de n’importe quelle origine, genre, culture, ou type de relation (homosexuelle – hétérosexuelle).

ATTENTION : j’utilise les termes « victime » et « agresseur » dans mes explications. Cependant, j’insiste sur le fait que ce sont des êtres humains. Je ne veux pas les définir seulement comme un agresseur et une victime car ils sont aussi plein d’autres personnages !

La construction du cycle de violence dans le couple

Chaque début de relation se construit sur ce que l’on appelle : le mythe fondateur. C’est une base de sécurité qui rappelle l’amour et le pourquoi de la relation. Dans la relation de domination, cette base sera rappelée après chaque crise dans le couple.

Les deux partenaires utilisent des « stratégies ». Ce sont des stratégies de « domination » pour l’un et de « protection » pour l’autre. Nous pouvons remarquer également que les personnes à la base d’une relation de dépendance, ont un manque d’estime et d’amour envers elles-mêmes. Pour découvrir un peu plus le sujet de « l’estime de soi », je vous invite à écouter le podcast « comprendre l’estime de soi pour se mettre en action ». J’y explique les caractéristiques ainsi que les symptômes et maladies d’une estime basse et instable.

La personne ayant peu d’estime, cherchera à l’extérieur d’elle-même de quoi « combler ses besoins ». Elle mettra donc beaucoup d’espoir dans la relation de dépendance qui deviendra toxique voire même violente.

Les victimes de violences ont peur de s'exprimer !
Les victimes de violences ont peur de s’exprimer !

Les formes de violences dans le couple

Il existe différentes formes de violences :

  • Psychologiques
  • Administratives
  • Verbales
  • Sexuelles
  • Economiques
  • Sur les enfants, les objets, les animaux
  • Physiques

Les violences sont graves et entraînent des conséquences importantes sur les victimes. Le processus qui s’installe dans la relation est subtil. Une victime n’accepte pas du jour au lendemain des coups !
Le curseur de la notion de violence n’est pas placé de la même manière chez chacun. Avant même de connaître les différentes formes de violences, je ne savais même pas qu’elles existaient toutes !
Il est clair qu’aujourd’hui, j’ai une tout autre vision de la violence que lorsque j’étais dans une relation de domination conjugale. En m’écoutant, je décèle beaucoup plus rapidement ce qui est violent pour moi-même et ma limite est beaucoup plus vite atteinte. Et vous, quelle est votre limite … ?

Le cycle de la violence dans le couple

Les phases du cycle de violence dans le couple
Les phases du cycle de violences dans le couple

1) Les tensions

L’agresseur exerce de la pression sur la victime et contient de plus en plus de tensions. Il utilise déjà des violences pour contrôler la victime et surtout l’isoler ! Cela se fait bien entendu petit à petit. Quelquefois, un acte violent sorti du contexte de la relation de domination peut paraître « normal », ce qui n’alertera pas toujours la victime. Il y a comme une préparation des fondations par l’agresseur (= système de contrôle mis en place).
Lors du climat de tensions, la victime essaye déjà de les calmer et fait attention à son comportement (= système de protection mis en place).

2) La crise

Lors du trop plein de tensions, il y a un moment « d’explosion ». L’explosion n’est pas toujours flagrante surtout lorsque le cycle n’est pas encore à la plus haute domination. L’agresseur prend le contrôle sur la situation et utilise des violences. La victime essaye de calmer la crise comme elle peut.

3) La justification

La justification est lorsque l’agresseur minimise les faits et met la responsabilité sur les épaules de la victime.

4) La lune de miel

Comme son nom l’indique, c’est la lune de miel. C’est le moment où le mythe fondateur est rappelé. Ce qui amène à un sentiment de confiance et de sécurité. L’agresseur reconquiert la victime et promet un changement. La victime veut y croire. Elle laisse une nouvelle fois l’opportunité à la relation de reprendre.

C’est un cycle, les phases se déroulent avec des rythmes et constances différentes. Le cycle peut passer les phases de plus en plus rapidement et intensément. Il se peut, après quelque temps de relation, que le tour du cycle se fasse en un jour ou plusieurs fois par jour !

Au plus l’agresseur augmente la domination et que la victime se protège, au plus la violence devient dangereuse. C’est lors de ce grand écart d’intention que la relation devient chaotique. Lorsque la victime désire sortir de la relation, elle se trouve dans une situation dangereuse. C’est à ce moment-là que l’agresseur peut arriver au dernier recourt possible : le féminicide.

Exploration intérieure du couple prit dans le cycle de la violence

Le ressenti de la personne victime de violence

Celle-ci est attirée par le jeu de séduction de l’agresseur. Elle se sent en confiance au début de la relation. Elle perdra cette confiance au fur et à mesure et gardera une sorte d’idéal en tête auquel elle s’attachera. L’agresseur promettra ce dont elle rêve. Un peu comme quand on promet un beau gâteau et qu’on donne quelques parts pour donner du goût. Excepté que ce gâteau en question n’existe pas et n’est qu’une promesse miroitée. Lorsque la victime le comprendra, elle essayera de sortir de la relation.
Il y a régulièrement des allers et venues car l’agresseur saura utiliser de nouvelles stratégies même lorsque la victime aura exprimé la fin de la relation. Il peut évidemment y avoir de nombreux facteurs conscients et inconscients pour lesquels elle restera dans la relation.

Une personne qui subit de la violence perd le sentiment de pouvoir sur sa vie et ne détient plus sa « responsabilité d’adulte ». Dans ce cas, elle devient une victime et a besoin d’aide !

Le ressenti de la personne dominante dans le couple

L’agresseur a très probablement vécu lui-même de la violence. Les traumatismes violents qu’il aura vécus auront provoqué une mise en place d’une protection dans son système neurologique afin de ne pas se sentir envahi par les émotions. La protection veut contrôler les situations et donc les personnes autour de lui. L’agresseur se coupe de tout sentiment d’empathie et ne peut se concentrer que sur lui-même pour « survivre ».
C’est une personne profondément blessée qui n’a d’autre moyen de fonctionner. Cela n’empêche que cette personne reste responsable de ses actes !

Les victimes veulent croire qu’il est réellement possible d’aider l’agresseur pour pouvoir garder la relation en marche. Les professionnels de la santé ne sont pas tous du même avis à propos de la conscience qu’ils ont de leurs actes. Vouloir aider une personne qui ne veut pas réellement changer n’est pas possible !
Je crois personnellement qu’il n’est pas impossible de guérir le fonctionnement d’une personne violente mais que c’est très compliqué d’y arriver. C’est comme un système en béton ! Il faut que la personne en ait réellement envie au plus profond de son cœur.
Les partenaires feront chacun un chemin vers eux-mêmes, chacun de leur côté, car le fonctionnement du couple est destructeur.

Il n'y a pas que les coups physiques qui détériorent la santé !
Il n’y a pas que les coups physiques qui détériorent la santé !

L’état de santé de la victime

La victime subit des traumatismes durant la relation. Elle peut développer des maladies et subir un état psychologique et physique dégradé.
Les victimes subissent des stress post-traumatiques importants qui ont un impact neurologique et cardio-vasculaire. Le stress est tellement intense que les victimes sont littéralement paralysées. Le système neurologique produit des hormones pour calmer le stress à forte dose ce qui rend la victime anesthésiée physiquement et mentalement. Cela peut provoquer un état dissociatif et/ou des troubles de la mémoire.

L’état dissociatif est une conscience altérée. En gros, la victime n’est plus « elle-même » ! C’est pourquoi, il n’est pas réellement possible de s’en sortir seule. La personne victime ne sait pas faire de choix conscients et réfléchir avec une logique que nous connaissons. Sa seule préoccupation est de pouvoir récupérer un sentiment de pouvoir sur sa vie.

Si vous vivez une relation de violence conjugale, vous pouvez demander de l’aide :

Belgique : 0800 30 030

France : 3919

Canada : 1 800 363 9010

Avez-vous des questions ? Indiquez-les moi dans les commentaires afin que je puisse vous répondre 😊

Photos : Mart Production pour les deux premières photos, Solidarité femmes pour le schéma & Anete Lusina pour la dernière photo.

Source : Solidarité femmes

Commentaires

  1. Claire

    Merci pour ces explications très claires qui aident à comprendre le système de piège qui se referme et pourquoi il est si difficile d’en sortir ! J’avais remarqué cette alternance de cycles dans une ancienne relation entre violences (verbales) et excuses, promesses puis rebelote ! Il faut une grande force pour voir la réalité en face et y mettre fin !

  2. caroline

    merci pour ton article très bien construit, qui met au jour le cercle vicieux de la violence conjugale. Cel m’intéresserait de l’illustrer de situations concrètes ?

    1. Alors pour cela, je vais te proposer d’attendre la sortie de mon livre qui reprend des exemples très concrets de mon vécu ! 🙂

  3. Bastienne

    Merci Valériane pour ces infos. 1 couple sur 4, c’est juste énorme, je ne pensais pas que c’était autant…je me dis que la société est vraiment malade… Oui, je pense aussi que pour que “l’agresseur” sorte de ses comportements, il faut déjà qu’il s’en rende compte. Et la personne agressée sorte de sa dissociation… la perversion est à son comble à un niveau collectif, je trouve ça très utile que ton article évoque les individus pour qu’eux-même arrêtent de cautionner l’inacceptable.

    1. Un des moyens pour éviter que cette problématique ne se développe c’est de diffuser (par exemple) la communication non violente dès l’enfance. Selon moi, la violence peut se résoudre. Cependant, il “faudrait” pouvoir accueillir tous les enfants traumatisés en thérapie afin qu’il puisse, devenu adulte, s’écouter et s’exprimer. C’est certain que la perversion s’étend également dans les relations autres que conjugales…

  4. Nicolas

    Article très intéressant. Je n’aurais jamais pensé que l’on puisse “théoriser” le cycle de la violence conjugale. Même si je n’y ai jamais été confronté directement je trouve vos explications très pertinentes.

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