Les étapes de ma conversion à l’Islam…

Avant même de prendre connaissance des études qui ont été faites sur les personnes converties à une religion, je pensais déjà que ces personnes passaient par différentes étapes avant et après leur conversion.
J’ai décidé dans cet article d’élaborer moi-même différentes phases de ce cheminement afin de te partager une belle histoire : ma conversion à l’islam. Les étapes citées ci-après ne correspondent pas exactement à celles reprises dans les études psychologiques, elles sont basées sur mon expérience personnelle. Voici ce que j’en ai conclu :  

1) La recherche des réponses face aux questionnements 

J’ai été baptisée à l’église un peu avant l’âge de deux ans. J’ai ensuite fait ma première communion à l’âge de sept ans et puis ma profession de foi vers douze ans. Je me souviens vaguement de mes cours de catéchisme et de la retraite avant la profession de foi.
J’étais déjà, à cet âge, en recherche de qui, quoi, comment, pourquoi ? Durant toute mon adolescence, j’ai posé des questions aux personnes de convictions religieuses différentes que je rencontrais. Je n’adhérais pas entièrement  au christianisme. Quelque chose me manquait et me paraissait illogique tout comme dans la religion bouddhiste.
Et puis, vint le jour où j’ai annoncé à ma maman : «Maman j’ai enfin trouvé réponses à mes questions» ! J’étais très excitée d’avoir découvert une religion qui me parle ! 

Ce cheminement de recherche correspond dans les études psychologiques à la recherche des besoins que nous aimerions combler face au manque et à la recherche de sens.
Je fais référence ici aux besoins de la pyramide de « Maslow ». Cette recherche dépend du vécu de la personne et de son environnement. Les études nous ont appris que certaines personnes ont tendance à se diriger vers la religion après une situation difficile, un sentiment de manque ou pour combler un ou plusieurs besoins fondamentaux. 

2) Le besoin de sécurité, la recherche de sens et la réalisation de soi 

Au départ, je ressentais le besoin d’appartenance à un groupe et d’être reconnue dans celui-ci. Je me sentais rejetée depuis mon enfance et le fait d’avoir de l’attention me donnait un sentiment de mieux être. Attention à cette phase où, selon moi, la limite peut devenir floue entre tomber dans l’extrémisme ou accueillir la religion avec tout notre amour  et de manière « équilibrée ». Ce que, Dieu merci, j’ai vécu car j’étais bien entourée. Je crois qu’une partie de nous est plus vulnérable durant cette transition de changement.
La frontière étant un peu floue, la personne pourrait facilement se laisser séduire par un discours extrémiste !

Dieu est sécurité, une base, un refuge, et un tout pour la personne croyante. John Bowlby explique ce qu’est une figure d’attachement dans sa théorie sur la figure d’attachement. C’est le besoin de sécurité qui est mis en avant dans cette théorie. Ma religion est mon pilier, mon dialogue avec Dieu dans mon quotidien et je crois que, si j’ai pu arriver à ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à ma relation avec Dieu. 

Au-delà de l’analyse psychologique qui reste un peu taboue sur le sujet religieux, il y a évidemment toute une dimension spirituelle qui est inexplicable ! J’ai choisi l’Islam et non le bouddhisme comme mes grands-parents maternels ou le christianisme comme mes grands-parents paternels ! Ce choix est le mien ! C’est mon choix personnel et il comble mon besoin de réalisation. De plus, je sens que je suis guidée vers cette croyance par le cœur. J’ai ressenti une manifestation dans mon corps comme une émotion inconnue pour moi et qui n’est comparable à aucune autre situation.

J’étais à la recherche de réponses à mes questions, et j’ai trouvé ces réponses dans la douceur et la logique de la religion Islamique. Certaines personnes ressentent plus le besoin que d’autres de trouver les réponses aux questions relatives à la mort. C’est le besoin cognitif de recherche de sens qui fait référence à cet aspect de la conversion. De nombreuses personnes se convertissent vers l’adolescence ou le début de l’âge adulte car c’est un moment plus propice pour répondre aux besoins fondamentaux de l’être humain.
Bien entendu, un adulte peut se poser ce genre de questions plus tard ! 

3) Le choix qui se concrétisent et la peur du changement durant ma conversion à l’islam

Quand le choix est posé, c’est une période d’instabilité qui débute car la personne convertie fait face à un changement fondamental. Certaines  ne l’ont peut-être pas ressenti aussi fort si elles avaient déjà, au préalable, un mode de vie similaire à la religion choisie ou si elles avaient mis en place des changements de manière progressive. Cette étape fait référence à une crise identitaire appelée « Métanoïa » (concept repris par Carl Jung). Celle-ci est un moment de transformation qui se rééquilibre ensuite. 

Une fois que j’ai été confirmée dans mon choix de devenir musulmane, une grande peur m’a habitée. Je commençais à percevoir le changement ainsi que ses conséquences. C’est une période durant laquelle on apprend beaucoup de choses et notre côté perfectionniste peut ressortir brillamment ! J’avais envie d’être parfaite, tout comme je voulais l’être depuis mon enfance par peur du rejet de mes proches. Je ne voulais donc pas me faire rejeter par une nouvelle communauté. Je ne me laissais pas le temps d’intégration de chaque étape et je voulais tout changer en une fois. Aujourd’hui, je suis en paix par rapport à mon cheminement même si certaines étapes ont laissé quelques cicatrices. 

Lorsque certaines personnes converties veulent « tout faire correctement » dès le départ c’est-à-dire prier, jeuner, se marier, changer son style vestimentaire, en sautant des étapes, ces personnes peuvent être fragilisées et être tentées de croire à un discours extrémiste.
La foi est tellement personnelle, intime et non visible, qu’il est plus difficile de reconnaître ses propres limites. Ces personnes peuvent avoir des tendances radicales. D’autres personnes converties peuvent tomber dans une sorte d’épuisement mental et faire, au contraire, un rejet de la religion.

Je crois qu’il est surtout important de ne pas s’isoler, de pouvoir garder le contact avec ses proches et de ne pas rejeter le mode de vie dans lequel on a grandi en gardant ce qui nous semble bon dans celui-ci.

4) Le plongeon 

Oui, il y a aussi un «bain» ou une douche à prendre après avoir cité l’attestation de foi en Islam. Lorsque j’étais décidée à me convertir à l’Islam, je ne voulais plus attendre afin de citer l’attestation de foi. Celle-ci veut dire “J’atteste qu’il n’y a pas de divinité en dehors de Dieu et j’atteste que Mohammed est son messager”.

Pour devenir musulman, il est simplement demandé de citer l’attestation de foi devant des témoins musulmans et ensuite de faire ses grandes ablutions (c’est-à-dire un nettoyage par l’eau du corps entier). Cet acte est fortement symbolique. On  nettoie ses pensées (douche psychique) en même temps que de se nettoyer physiquement le corps (douche physique).

Le 28 août 2012, j’ai fait le grand saut. C’était tellement magique ! Je voyais tout le monde autour de moi pleurer de joie, c’est un moment très fort en émotions ! 

5) Les affrontements lors de la scission

Si une personne n’a pas subi d’affrontements lors de sa conversion qu’il me le dise ! Même pour le plus «chanceux» qui n’aurait pas eu trop de confrontations avec sa famille et ses proches, il y a toujours d’autres personnes qui ne comprennent pas le choix de la conversion à une autre croyance.
Certains ne s’empêchent pas de le dire ou de le montrer dans leur comportement. Il y a une scission avec le groupe auquel la personne convertie appartenait. Malgré qu’elle trouve sa place dans un autre groupe, elle fait face aux jugements du groupe dans lequel elle a grandi et mûri.

J’ai été fortement blessée durant cette période (qui m’a parue longue) par beaucoup de personnes de mon entourage. Je dirais avec le recul que cela m’a forgé. La réaction face au changement et la non-acceptation veulent finalement dire que la personne en face de nous a peur et/ou méconnait la nouvelle religion choisie.

Je crois que pour éviter de se sentir mal à l’aise durant la période de conversion (qui demande déjà de trouver son propre équilibre), l’utilisation de la communication non violente peut nous aider à répondre aux remarques de notre entourage . Cela permet d’expliquer à ses proches ce que l’on ressent, ce dont on a besoin, dire que la relation à l’autre compte à nos yeux et proposer d’en discuter (afin de pouvoir répondre aux questions éventuelles).

6) La suite du cheminement de ma conversion à l’islam

J’ai ensuite continué mon cheminement vers la paix intérieure et je crois que celui-ci se poursuivra tout au long de ma vie. 
 
Les différentes étapes de ma conversion à l’islam ne se présentent pas dans le même ordre d’une personne à l’autre. C’est en discutant avec plusieurs personnes converties à l’Islam et en m’informant sur les théories que j’ai élaboré ces étapes.
Comme Stanley Hall l’a conclu, la conversion est un processus normal, universel et signe de maturation ! 
 
J’écris avec mes filtres personnels et culturels. Prends ce qui te semble bon et laisse le reste ! 

Source: Buxant et Saroglou 2009, Silberman 2005, Norezayan et Hansen 2006, Saroglou 2001, Romerowski 1999, Jung 1973

Photo: Ahmed Aqtai

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